Philippe Aghion est un économiste spécialiste de l'innovation.

La newsletter qui bouscule la France par Richard Werly

 

Le rasoir de Matignon

Philippe Aghion est un économiste spécialiste de l'innovation. Co-lauréat du prix Nobel 2025, cet inspirateur zélé du macronisme attendait sans doute son heure. Or voilà qu'il est sorti du bois, ou plutôt du parc Jourdan qui, chaque année, abrite, au tout début de juillet, les Rencontres économiques d'Aix-en-Provence.

Aghion ne l'a pas dit, mais tout le monde l'a compris. S'il pouvait, les 18 avril et 2 mai 2027, il voterait bien Sébastien Lecornu. Son dialogue avec l'actuel Premier ministre – qui jure ne pas être candidat pour l'Elysée – a viré à l'opération marketing en à peine quelques phrases. La cible du tandem Aghion-Lecornu? Les grosses fortunes françaises, dont l'avenir du pays – plus panier percé que jamais avec une dette publique record de 3536 milliards d'euros – dépendra au lendemain du scrutin.

J'ai compris ce qui se trame autour de Lecornu en regardant de plus près sa gestuelle. Hier, l'ancien ministre de la Défense, promu chef du gouvernement en octobre 2025, évitait les gestes et les formules chocs. Rien de tel aujourd'hui. Lecornu tape. Il parle du «sentiment d'inégalité fiscale». Il a compris qu'il lui faut, pour exister, apparaître comme l'homme qui comprend le peuple. Non, il n'est pas que le factotum zélé d'Emmanuel Macron. Au contraire. Il est sa dernière chance de faire survivre le macronisme et de préserver l'ancrage européen de la France. Il peut, à Matignon, penser à un avenir présidentiel en se rasant.

Mon sentiment est que Sébastien Lecornu attend que ses rivaux se brûlent. Edouard Philippe, qui tenait son premier meeting parisien dimanche 5 juillet? Facile à démolir avec l'aide de quelques souvenirs des «Gilets jaunes». Gabriel Attal? Pas trop difficile à convaincre, s'il le faut, de se garer sur le bas-côté en lui confiant les rênes du parti et en lui faisant miroiter une succession future. Bruno Retailleau? Là, ça coince davantage, mais l'ex-LR Lecornu est expert en manœuvres partisanes. D'ici là, le chef du gouvernement a besoin de quelques mesures phares. Sa proposition, soufflée par Philippe Aghion, de créer des fonds souverains par secteurs, alimentés par des dons de très riches contribuables désireux d'éviter la fiscalité sur leur succession, est une manière de repenser l'impôt et le budget. La France deviendrait, avec lui, la patrie de la philanthropie forcée. Les grands patrons, comme les électeurs, se retrouveront pris dans la même embuscade.

Bonne lecture, avec le chant des «Gilets jaunes»!

(Pour débattre: richard.werly@ringier.ch)

Et dans les médias?

Retrouvez moi dans «L'Essentiel Politique» sur France 24 avec Marion Gaudin, dans «Le 12h-14h» du week-end sur LCI avec Christophe Moulin, dans «Géopolitique» sur RFI avec Marie-France Chatin, et dans «Les Informés» de France Info avec Victor Matet (Bravo et merci à lui pour cette saison 2025/2026!).

 

Le top 3

 

Les aveux du meurtrier Cédric Jubillar déchirent la France

Déjà, un nouveau procès se profile. Et peut-être aussi une nouvelle enquête. Les aveux de Cédric Jubillar, qui a reconnu ce lundi 6 juin le meurtre de son épouse Delphine en décembre 2020, relance le plus grand fait divers de ces dernières années en France.

Lire la suite →

Jordan Bardella, la France qui fait peur à Edouard Philippe

L'ancien premier ministre français a lancé sa campagne présidentielle ce dimanche à Paris. Mais Edouard Philippe a un énorme probléme: la France de Jordan Bardella, cette génération RN, ne veut pas de lui.

Lire la suite →

France: mais pourquoi ont-ils tué Louis à Narbonne?

Cinq jeunes ont été mis en examen dans le sud de la France après la mort de Louis, un adolescent. Depuis, la ville et la région sont sous le choc. Mais comment cela a-t-il été possible?

Lire la suite →

PODCAST

2026, l'année de la révolution Blick

C'est parti pour de nouveaux projets signés Blick. Claude Ansermoz, son rédacteur en chef, brosse le tableau des défis à venir.

🎧 Écouter
 

Top ou flop?

 

FLOP

Jordan ou Marine, les 5 erreurs

Cherchez-les, et je suis sûr que vous en trouverez plus que moi. Combien «d'erreurs» différencient Marine Le Pen, qui saura ce mardi si elle peut se présenter ou non à la présidentielle de 2027, de son dauphin Jordan Bardella. Lequel lui a de nouveau juré fidélité ce week-end dans le Pas-de-Calais? J'en ai compté au moins cinq. Et pas celles que vous croyez.

Erreur n° 1: Marine est une héritière
Le mot n'est peut-être pas adapté en politique. Mais il dit tout. Marine Le Pen a hérité de la formation politico-familiale de son père, Jean-Marie Le Pen, contre lequel elle s'est construite, avant de l'évincer brutalement en 2018 du Rassemblement national, tout juste rebaptisé. Pour la cheffe des députés RN, tout est donc affaire de filiation, acceptée ou non. Jordan Bardella, lui, a été adopté par ce parti qu'il préside aujourd'hui. Pas sûr qu'il veuille défendre, coûte que coûte, les intérêts du clan.

Erreur n° 2: Jordan n'est pas Damien
La génération Jordan a des émules. Génération Kévin. Génération Christopher. Les prénoms américains ont déferlé, et ceux qui les portent gardent verrouillé en eux un besoin de reconnaissance dans une France toujours stratifiée. Jordan n'est pas Damien. Encore moins Renaud ou Alexandre. «Avec ton père, nous aurions préféré un prénom italien, mais nous ne sommes pas arrivés à nous mettre d'accord», lui disait souvent sa mère. Imaginez un Luciano à la tête du RN...

Erreur n° 3: Marine aime les chats
Jordan Bardella aime les animaux. Ce n'est pas moi qui le dis, mais TikTok, où le possible futur candidat du RN affiche sa passion pour les chiens et les chats. Chiqué! La vraie amoureuse des félins se nomme Marine Le Pen, qui les rejoint dès qu'elle le peut. Jordan n'a encore jamais posé avec ses compagnons à poils. Marine l'a fait pour «Le Parisien», dans une série sur «les animaux en politique». Qui fait le mieux «Miaou»?

Erreur n° 4: Jordan a un sac Hermès
Erreur. Ce n'est pas le sien. Le sac Hermès à roulettes appartient à Maria Carolina de Bourbon-Parme et des Deux-Siciles, qui en a fièrement vanté les mérites dans une vidéo destinée à faire le buzz sur les réseaux sociaux. Marine Le Pen, elle, prend garde à n'arborer aucun signe extérieur de richesse, puisqu'elle fulmine contre les élites. Jordan vient du peuple, mais n'aime pas trop le dress code populaire. Marine, c'est le contraire. Question: qui porte le sac?

Erreur n° 5: Marine a de l'humour
On le sait trop peu, mais Marine Le Pen est une bonne vivante. Ceux qui la connaissent se souviennent de bonnes soirées, endiablées même, car l'intéressée aime danser et se laisser aller. Jordan ne va qu'à la salle de sport. Il se muscle. Il soigne ses pectoraux. Mais au fait, a-t-il vraiment assez d'estomac pour supporter les futures pressions d'une éventuelle campagne?

 
 

Un livre, un débat

Quelle légende?

 

J'ai refermé ce livre avec un peu de peine. Boualem Sansal méritait-il d'être l'objet d'une telle controverse éditoriale, sur la base de ce récit de sa captivité, matiné de ressentiment personnel face au précipice bureaucratico-autoritaire dans lequel est tombée l'Algérie? Après en avoir terminé avec les 239 pages de cet essai en forme de mémoires, ma réponse est non. «La Légende» (éd. Grasset) doit se lire pour ce qu'elle est: un cri, une blessure que l'on traite à vif, par lecteurs interposés. L'écrivain, désormais membre de l'Académie française, nous invite à participer à sa propre séance de psychanalyse. Il est à la fois la légende et l'observateur de ses méfaits. «Il faut laisser décanter le temps et l'épreuve avant d'écrire d'autres chapitres», conclut-il dans sa toute dernière page, en ajoutant que «le silence, parfois, est la forme la plus exigeante de la vérité». Difficile, après avoir lu ces lignes, de ne pas se dire que cet ouvrage est le fruit d'une colère qui, demain ou après-demain, devra être révisée à l'aune des faits et de la raison.

Partie du décor

Je me suis donc concentré sur l'homme plutôt que sur le propos. Car Boualem Sansal se livre. Sa superbe carrière littéraire l'a transformé. Il ne supporte pas, au fond, d'être redevenu de force un acteur anonyme face au rouleau compresseur de cette Algérie étatique qu'il connaît par cœur, pour l'avoir longtemps servie. «J'ai compris que, pour lui, j'étais partie intégrante du décor. Il ne me voit pas. Il voit ma présence ou mon absence», note l'écrivain à propos de son premier geôlier. Le voici, ensuite, affairé à classer les surveillants de la prison de Koléa, en fonction de leurs humeurs et de leur caractère. «N'est pas Don Quichotte qui veut; lui savait pourquoi il cassait ses lances de chevalier errant contre des moulins à vent», enrage l'auteur. Boualem Sansal n'a pas supporté d'être mis aux oubliettes. Il voulait un affrontement. Il a dû gérer sa propre disparition.

«La Légende» n'est pas un livre politique. C'est le testament algérien d'un romancier qui n'en peut plus de voir son pays s'enfoncer dans le déni. Sansal, jadis, a ouvert les yeux des élites françaises sur l'islamisme. Il veut combattre. Il a besoin de savoir ce qu'on lui reproche. Il ne supporte pas d'être une victime collatérale. «La planète entière verra sur mon visage et mon corps les stigmates caractéristiques de la lapidation psychologique et de la torture morale», poursuit-il. A quoi sert d'être une légende, si vous n'êtes qu'un otage?

A lire: «La légende» par Boualem Sansal (Ed. Grasset)

 
 

Et dans le reste du monde

Les 5 mauvaises surprises pour les Européens à l'OTAN

Le sommet de l'OTAN s'ouvre ce mardi 7 juillet à Ankara, en Turquie. Pour les pays européens membres de l'Alliance atlantique, le déroulement de cette rencontre et son menu sont tout simplement explosifs.

Lire la suite →

L'Empereur américain Donald Trump court-il droit à sa perte?

Le président des Etats-Unis veut faire des cérémonies du 250e anniversaire de la déclaration d'indépendance un triomphe personnel. Ce 4 juillet doit être emblématique. Mais la guerre en Iran gâche tout. Et le vent d'une possible débacle souffle sur son «Empire».

Lire la suite →

Monaco, sanctuaire des oligarques de Kiev et Moscou, tremble

La principauté risque-t-elle de devenir, à distance, un autre champ de bataille de la guerre en Ukraine? Pour la première fois dans l'histoire du Rocher, l'hypothèse d'un attentat se précise contre un milliardaire ukrainien qui y réside, grièvement blessé lundi 29 juin.

Lire la suite →
 
 

PARTAGEZ CETTE NEWSLETTER!

Merci de nous lire! Vous aimez cette newsletter? N'hésitez pas à la recommandez à vos contacts. 

 

On vous a partagé cette newsletter? Vous pouvez vous y abonner ici!


Suivez-nous sur les réseaux sociaux pour ne pas manquer nos meilleurs contenus

         
Téléchargez l'app Blick
Download on the App Store Get it on Google Play

Copyright © 2026 Ringier AG, All rights reserved.

Une newsletter produite par Blick Suisse romande
Ringier AG, Blick
Avenue de Rumine 20, CH-1005 Lausanne, Suisse

Vous souhaitez modifier vos abonnements aux newsletters de Blick?
Mettez à jour vos préférences ou désabonnez-vous en cliquant ici.

Vous pouvez également ouvrir la newsletter dans votre navigateur.