Je me souviens d'une rencontre avec Matthieu Pigasse. Ce devait être en 2015, un an avant la course folle d'Emmanuel Macron vers l'Elysée. Dans son bureau de la banque Lazard, avenue de Messine à Paris, ce banquier alors âgé de 47 ans passait son temps à se moquer.

La newsletter qui bouscule la France par Richard Werly

 

Mathieu Pigasse, la dette et les promesses

Je me souviens d'une rencontre avec Matthieu Pigasse. Ce devait être en 2015, un an avant la course folle d'Emmanuel Macron vers l'Elysée. Dans son bureau de la banque Lazard, avenue de Messine à Paris, ce banquier alors âgé de 47 ans passait son temps à se moquer. Michel Sapin, alors ministre socialiste de l'Economie et supérieur hiérarchique de Macron? Grande salve de rires sonores. François Hollande? Les yeux levés vers le ciel pour implorer une sorte de grâce divine, seule capable, à ses yeux, de sauver ce «président normal» bien mal en point. Un seul homme trouvait grâce aux yeux de celui qu'une partie de la gauche intello voit aujourd'hui comme un sauveur possible des rêves du pays: Vincent Bolloré. Je me souviens de cette phrase à propos des investissements de Bolloré dans les télécoms en Italie (dont il est sorti depuis, en 2025, avec une moins-value de 2,7 milliards d'euros): «Je ne comprends pas où il veut en venir. Mais c'est le meilleur de tous les financiers. Son flair est incroyable.»

Ces temps-ci, le flair de Matthieu Pigasse le porte vers le Venezuela, dont il est mandaté pour restructurer la dette abyssale avec sa banque d'affaires Centerview. Je me suis donc interrogé: et si sa popularité, largement due aux belles performances de Radio Nova, le média branché qui lui appartient, tenait aussi à cela? A ce côté banquier de gauche capable de réconcilier l'impossible, en percevant au passage de belles et juteuses commissions? Très français, le style Pigasse! Du bagout. De la méchanceté à revendre. Du talent. Le goût des promesses intenables. L'ivresse de l'argent que l'on gagne en jouant avec celui des autres. Et surtout un style: celui de l'aventurier gauchiste de la finance, capable de dénicher l'argent là «où il est».

Le Venezuela, à vrai dire, peut être un bon apprentissage. La France aussi, un jour, devra restructurer sa dette. Alors, pourquoi ne pas porter à l'Elysée un expert en la matière? «La politique ne se fait pas à la corbeille», jurait de Gaulle lors d'une conférence de presse en octobre 1966 à propos de la Bourse. «Mon véritable adversaire, c'est le monde de la finance», avait lancé François Hollande lors de son discours du Bourget en janvier 2012. Matthieu Pigasse, par son comportement, indique le contraire. Le pouvoir, que vous le vouliez ou non, se conjugue avec l'argent.

Même Macron, lui aussi ex-banquier, n'aurait pas osé le dire.

Bonne lecture, en passant par la banque!

(Pour débattre: richard.werly@ringier.ch)

Et dans les médias?

Retrouvez moi dans 28 minutes sur Arte avec Renaud Dely, dans le 12h-14h du week-end sur LCI avec Christophe Moulin, dans «Allons-Y Franco» sur TV5 Monde avec Estelle Martin, et dans «On va plus loin» sur France 24 avec Anthony Saint-Léger.

 

Le top 3

 

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Top ou flop?

 

FLOP

Été présidentiel (en pente pas douce)

J'ai lu avec plaisir un article de «L'Opinion», le quotidien libéral désormais possédé par Bernard Arnault. Son titre? «Sarkozy 2006, Macron 2016, deux étés qui ont tout changé». Le motif: l'un comme l'autre sont devenus présidentiables à la faveur des vacances estivales.

«Le premier choisit la date du 17 juillet 2006 pour publier son livre Témoignage, raconte le journal. Le second tient un meeting à Paris le 12 juillet 2016. Puis, le 11 août, il fait la couverture de Paris Match à la plage, avec Brigitte. Le 30 août, il quitte le gouvernement… » Pas faux. L'été est, en France, propice aux grandes manœuvres. Puisque les Français (et les médias) ont la tête ailleurs, les offensives politiques peuvent être planifiées. Pour gagner durant l'hiver, il faut échafauder en août.

Avec, dans le cas des candidats Sarkozy et Macron, la convergence d'une méthode: casser les codes et s'exposer, si possible bien bronzés et en famille. «Le temps d'une saison, ils auront changé de stature», poursuit «L'Opinion». Et de citer l'exemple de l'actuel locataire de l'Elysée. En juin 2016, seul un institut de sondage le place dans sa liste de candidats préférés des Français. En septembre, le voici qui tutoie les 15% d'opinions favorables. Le coup de soleil politique lui a fait du bien.

L'été présidentiel ne peut pas être en pente douce, pour reprendre le titre du film de 1987. Un été caniculaire (déjà). Une figure incendiaire. Et l'engrenage des passions dévorantes. Alors, scrutons bien les semaines à venir. Celui ou celle qui fera la «Une» durant l'été aura peut-être pris une avance que ses adversaires ne pourront plus rattraper.

Il paraît qu'à Matignon, le Premier ministre Sébastien Lecornu (de plus en plus cité comme candidat de dernière minute) a donné une consigne : «Que nos vacances n'apparaissent surtout pas comme un abandon de poste…» Manière, lui aussi, de préparer cet été présidentiel.

 
 

Un livre, un débat

Zidane, Deschamps en or

 

J'aurais dû lire ce livre avant d'écrire mon éditorial «La France n'est plus celle de Didier Deschamps». Non pas que je renie mon texte, alors que le Mondial s'est achevé dimanche par la victoire de l'Espagne. Je reste convaincu que la France idéalisée par le sélectionneur sortant des Bleus, faite de travail, de discipline et d'exigence, a sacrément du plomb dans l'aile. Le pays veut des influenceurs. Il veut, et il aime, briller. L'heure n'est plus aux passe-murailles ou aux «porteurs d'eau», comme «Dédé» était, paraît-il, surnommé par les journalistes sportifs, pour sa performance toujours dévouée – mais pas toujours brillante – au milieu du terrain.

J'aurais dû lire ce livre parce que j'aurais alors compris ce qui m'avait échappé: Zinedine Zidane, alias Yazid, est au fond le produit pur de la «génération Deschamps». Avec, comme avantage, d'avoir préservé son mystère.

Le sociologue Stéphane Beaud, auteur de ce petit livre consacré au futur sélectionneur dans la collection «Repères» des éditions La Découverte, montre bien comment l'intéressé a construit sa stature. Zidane n'a jamais porté l'eau pour les autres. Ou si peu. Il s'est construit avec les autres, mais jamais à leur service. Est-ce la volonté de rompre avec l'abnégation prolétaire de son père, travailleur immigré kabyle arrivé en France dans les années 1950? Est-ce une forme d'égoïsme méditerranéen, héritée de son enfance dans le quartier de la Castellane, à Marseille? Deschamps existe par le collectif qu'il forge. Zidane vit du collectif qu'il domine, tout en restant un tantinet à part. Plus l'époque verse dans le voyeurisme, plus Yazid (son surnom familial) s'en écarte. Zidane est un Didier Deschamps qui prend la lumière lorsqu'il le décide. Le respect qu'il inspire ne vient pas seulement de son travail, mais aussi de son art du secret.

Tous deux, et c'est important, ont grandi footballistiquement en Italie, ce pays des non-dits. Zidane apportera cela aux Bleus, s'il réussit dans ses nouvelles fonctions: ce goût du baroque, de l'extravagance cachée, mais bien réelle. Zidane est un Deschamps doté du panache des grands négociants transalpins. «Dédé» portait l'eau, puis la transformait en or. Zidane a, lui, directement mis la main sur le coffre-fort pour en tirer, un à un, les futurs lingots du football français.

«Zinédine Zidane»
Stéphane Beaud (Ed. La Découverte)

 
 

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