La question m'a été posée, lundi, par l'une de mes collègues de la rédaction à Lausanne. «Richard, a-t-on traité le meurtre de Louis à Narbonne?» Ma réponse? Non. Je ne l'ai pas traité.

La newsletter qui bouscule la France par Richard Werly

 

Louis, le silence impossible

La question m'a été posée, lundi, par l'une de mes collègues de la rédaction à Lausanne. «Richard, a-t-on traité le meurtre de Louis à Narbonne?»

Ma réponse? Non. Je ne l'ai pas traité. Pas d'article. Pas d'éditorial. Pas d'analyse sur ce qui rend ce meurtre d'un garçon de 17 ans, dans une sous-préfecture du sud de la France, absolument inacceptable.

Guet-apens, lynchage… Tout est affreux dans ce crime pour lequel cinq jeunes ont été mis en examen. Louis était un adolescent confié à l'aide sociale à l'enfance. Il a été découvert, le 19 juin, inanimé sur le site d'un chantier, après avoir été roué de coups la veille au soir. Depuis, la population locale s'est mobilisée. Une marche blanche a eu lieu avec, en tête de cortège, des drapeaux français et des slogans tels que: «La France, c'est nous», «Racaille partout, justice nulle part», ou encore «Ni oubli, ni pardon».

Mea culpa. Ce meurtre aurait dû m'interpeller. Partir en reportage sur place pour comprendre cet épisode digne du film «Orange mécanique» aurait dû s'imposer. Parce que la mort de Louis dit ce que la société française ne semble plus maîtriser, à quelques mois de la prochaine élection présidentielle: sa violence exacerbée, l'absence d'autorité, le délitement d'une justice qui ne fait plus peur et ne dissuade plus, l'exacerbation des règlements de comptes.

Oui, le silence autour de la mort de Louis est impossible. A une condition toutefois: s'en tenir aux faits, éviter les amalgames et ne pas transformer ce drame en symbole d'une soi-disant poudrière sociale généralisée.

«Pas de motif racial», affirme le parquet. Une scène d'une extrême violence a été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, sur le chantier d'un bâtiment en construction près de la gare de Narbonne.

J'entends souvent, en Suisse ou à Bruxelles, mes interlocuteurs évoquer le risque de «guerre civile» qui, selon eux, plane sur la France. Je n'y crois pas. Je réponds toujours: «Non.» Je n'ai pas changé d'avis après la mort de Louis. Mais cette violence française n'est vraiment, vraiment pas de bon augure dans un pays toujours plus sous pression.

Bonne lecture, et gare à «Orange mécanique»!

(Pour débattre: richard.werly@ringier.ch)

Et dans les médias?

Retrouvez moi aux conversations de Tocqueville 2026, dans «Tout est politique» sur France Info TV avec Myriam Encaoua, dans «Les clés» sur la RTBF et dans «The debate» sur France 24 avec François Picard (en anglais).

 

Le top 3

 

La climatisation à fond ne sera jamais la solution

La climatisation à outrance crée un confort artificiel et énergivore, calqué sur le modèle de l'Asie ou des Etas-Unis. Face au défi climatique, cette fausse solution nous rend dépendants et aveugles, juge notre journaliste Richard Werly.

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PODCAST

Quand l'Europe dévore ses citoyens

Voyage au pays des colères européennes, en Espagne et en Suisse, avec Antonio Rodriguez.

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Top ou flop?

 

FLOP

La «clim», mirage présidentiel

Le Rassemblement national a un plan pour équiper la France entière de climatiseurs. Le parti de Marine Le Pen – qui connaîtra, le 7 juillet, sa peine dans le procès en appel pour détournement de fonds publics du Parlement européen – a trouvé le mot magique pour calmer la population transpirante : l'air conditionné. Logique. Puisqu'il fait chaud, misons tout sur le froid artificiel.

Et la liste des futurs équipements climatisés ne cesse de s'allonger à chaque intervention des élus du RN: hôpitaux, maisons de retraite, écoles et bâtiments administratifs! Seul Jean-Luc Mélenchon, le ténor de la gauche radicale, ose une voix dissidente en affirmant que «climatiser partout, ça veut dire augmenter les dégâts». Le thermomètre est en passe de devenir, dans l'Hexagone suffoquant, l'ultime arme politique.
Le problème est que la «clim» tient largement du mirage présidentiel. Côté chiffres, le gouvernement y est allé de sa commande urgente de 30'000 climatiseurs, confirmée dans un courrier adressé aux maires. Soit 100 millions d'euros pour «faire face aux besoins urgents de rafraîchissement» dans les établissements de santé les plus exposés à la chaleur.

Le RN, lui, voit bien plus grand: un plan massif de prêts à taux zéro d'environ 20 milliards d'euros pour refroidir et isoler les logements d'ici à 2030. De quoi acquérir 40 millions de climatiseurs, dont vingt millions à titre individuel. Marine Le Pen a ajouté une injonction, exigeant que le gouvernement réponde par oui ou par non à l'exigence d'un refroidissement généralisé.

Alors que le préprogramme présidentiel de son parti national-populiste ignore le réchauffement climatique, propose un moratoire sur les énergies renouvelables, un démantèlement généralisé des éoliennes et une baisse massive des taxes sur les carburants. Sans parler de l'annulation des zones à faibles émissions, qui visent à bannir les véhicules les plus polluants des centres-villes.

La climatisation, oui! Le climat, non (ou presque). Cherchez l'erreur.

 

Un livre, un débat

Portefeuille révolution

 

Le rendez-vous est déjà noté pour la plupart des grands patrons de France: du 2 au 4 juillet prochain, l'édition 2026 des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence réunira, de nouveau, le gratin du business hexagonal et européen.

Or, rien de tel, pour attiser le débat avant de se retrouver dans les jardins aixois, que de jeter un (petit) pavé dans la mare sociale. Maestro des REAIX, l'acronyme des Rencontres, l'économiste Jean-Hervé Lorenzi pose un constat simple: une révolution fiscale est indispensable.
Pourquoi? Parce que le pays n'a plus le choix.

«La France va mal. Le moment de vérité est arrivé et, avec lui, celui des nécessaires ruptures pour remettre le pays sur de bons rails», plaide le coauteur de «Guerre et paix. Entre profits et salaires» (éd. Odile Jacob).
Son raisonnement: les travailleurs français sont trop peu payés, ce que n'importe quel frontalier vous dira. Une meilleure rémunération obtenue, entre autres, par une baisse de 20% des cotisations sociales employeur. Une évidence pour tous les patrons suisses qui se risquent encore sur le marché français.

On connaissait le «Travailler plus pour gagner plus» du président Nicolas Sarkozy. Lequel, au final, n'a pas vraiment changé les choses dans ce domaine. L'essai de Jean-Hervé Lorenzi propose autre chose: mettre la France sur une nouvelle trajectoire économique porteuse de progrès.
«La revalorisation du travail dans nos économies est incontournable, alors que le choc du vieillissement de la population survient et qu'il va s'amplifier», argumente ce livre très pédagogique. Cesser de dépenser le fruit de l'impôt en dépenses publiques toujours accrues. Remettre le portefeuille et le patrimoine de chacun au centre des préoccupations nationales.

Ailleurs, on parlerait d'une approche libérale. En France, c'est interdit. Jusqu'à quand?

«Guerre et paix. Entre profits et salaires»

Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur (éd. Odile Jacob)

 
 

Et dans le reste du monde

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L'échec des dix années qui ont suivi la victoire du «Leave» au Royaume-Uni s'explique largement par l'hubris fatal des Brexiters. La Suisse offrait pourtant un modèle, selon notre journaliste Richard Werly.

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