La newsletter qui bouscule la France par Richard Werly |
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Munich n'est plus Munich (enfin presque)
Hier la gifle. Aujourd'hui la pommade. En une année de présidence, Donald Trump a peaufiné la méthode éprouvée du «good cop-bad cop», le gentil flic et le méchant flic. Quelques phrases de Marco Rubio à l'intention des dirigeants européens présents à la Conférence annuelle sur la sécurité ont suffi, samedi 14 février, pour se rendre compte que Washington a compris que les gifles ont leurs limites lorsqu'il s'agit de traiter avec ses alliés. Lors de la Saint-Valentin 2025, le vice-président JD Vance n'avait eu, dans la même salle de l'hôtel Bayerischer Hof, que des mots de désamour et de rancœur. L'Europe, qui trahit ses valeurs, avait-il averti, est bien plus dangereuse que la Russie ou que la Chine! Vraiment? Marco Rubio a, lui, rectifié le tir. La grandeur de l'Occident, a-t-il dit, exige simplement d'être sur la même longueur d'onde au sein de l'OTAN. Avec, à la tête de l'orchestre géopolitique, un chef nommé Donald J. Trump...
La vérité est que les Européens ont bataillé des mois durant pour obtenir ce changement d'attitude. Résultat: à Munich, où leurs ancêtres avaient cédé en 1938 face à Hitler, Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer ont cette fois tenu bon face à l'appétit impérial de l'Oncle Sam. Mais gare aux réjouissances trop hâtives. Gare, surtout, aux faux espoirs.
La menace, demain, d'une nouvelle gifle américaine, à propos du Groenland, des tarifs douaniers ou des services numériques, n'est pas du tout exclue. Et les vertus de la pommade diplomatique, on le sait, sont toujours passagères. Tant mieux si Munich n'est plus Munich. Mais sur l'Ukraine comme au Moyen-Orient, et dans l'Arctique comme en matière commerciale, le racket «Made in USA» version MAGA n'a pas encore fait long feu. La preuve? Ceux qui paient et ceux qui subissent sont, pour l'heure, toujours de ce côté-ci de l'Atlantique.
Bonne lecture, sur la ligne Siegfried!
(Pour débattre: richard.werly@ringier.ch)
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| Le décès d'un jeune militant identitaire de 23 ans, mort à Lyon samedi 14 février, attise la polémique sur la violence de la gauche radicale en France. A un an d'une élection présidentielle que l'extrême droite pourrait remporter. |
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| Le Président français va porter la parole de «l'Europe puissance» à la conférence sur la sécurité de Munich. Le chef de la diplomatie américaine va lui répondre, et sa parole a sûrement plus de poids. |
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| Les deux procès des viols de Mazan, en 2024 et 2025, ont fait d'elle une icône mondiale. Gisèle Pelicot raconte tout dans un livre à paraître le 17 février. Sa volonté: témoigner pour que les femmes osent résister. |
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| Emprise numérique américaine, la Suisse captive |
Où s'arrête notre souveraineté? Entretien choc avec Bruno Giussani sur notre dépendance numérique. |
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Audiovisuel public, contre la guerre civile |
Les Français feraient bien de regarder, le 8 mars, du côté de la Suisse. Lorsque le résultat de la votation sur l'initiative «200 francs, ça suffit» sortira des urnes, leur service public de l’audiovisuel en subira à coup sûr les conséquences. Imaginez que le «oui» l’emporte. Comment faire en France si les Suisses, réputés si sérieux et si attachés à leur diversité comme à leur souveraineté, décident d’amputer la SSR d’une bonne partie de ses moyens? Les partis de la droite nationale-populiste, apôtres autoproclamés de la démocratie directe version helvétique, se délecteront du résultat. Leur promesse de privatiser l’une ou l’autre chaîne publique, s’ils parviennent au pouvoir, s’en trouvera renforcée. Le grand marchandage de l’information, avec le milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré dans le rôle du commissaire-priseur ou de l'enchérisseur vedette, pourra commencer…
Un élément, toutefois, est venu ce week-end perturber ce possible dérapage: la mort du jeune Quentin, à Lyon, dans ce qui semble avoir été une rixe entre jeunes d’extrême droite et d’extrême gauche, a montré combien le climat politique, radicalisé, est devenu inflammable. Et combien, dans ce contexte, une information la plus neutre et la plus proche des faits possible est indispensable. Or quoi de mieux, en France, que le service public de l’audiovisuel et ses stations locales pour démonter cet engrenage fatal et trier le vrai du faux?
Alors qu’en Suisse, le vote sur l’initiative SSR sera largement dominé par le besoin d’expression de chaque communauté linguistique, la question centrale, dans une France où les chaînes d’information en continu battent la mesure, est celle de la sécurité informationnelle. L’audiovisuel public doit, pour être crédible et justifier sa manne budgétaire, servir de bouclier contre la guerre civile. Et si les cadres de la SSR, post-votation du 8 mars, venaient débriefer leurs homologues français entre deux auditions de la commission d’enquête controversée sur «la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public»?
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Sombres lumières, sombre Néron |
Tous ceux qui s'intéressent à la géopolitique l'ont compris: en France, la mesure est aujourd'hui, dans ce domaine, largement donnée par les travaux du «Grand Continent», ce laboratoire d'idées associé à la prestigieuse Ecole normale supérieure, d'où sortit en 1908 l'historien Marc Bloch, qui entrera au Panthéon le 23 juin prochain. Or, «Le Grand Continent», parrainé par notre ami italo-suisse Giuliano da Empoli, entend donner sa chance à de nouveaux auteurs.
Un choix judicieux dans le cas d'Arnaud Miranda, dont le livre nous plonge dans l'univers des libertariens fanatiques engendrés par la Silicon Valley. Leurs «lumières sombres» sont celles de la pensée verticale, version algorithmes. Pourquoi s'évertuer à défendre la démocratie alors que ce système est fondamentalement inefficace, puisqu'il est basé sur d'inutiles et coûteux compromis collectifs? Pourquoi ne pas, au contraire, réhabiliter le choix nécessairement juste du plus fort et du plus puissant, dont les outils numériques permettent de scanner nos envies, nos besoins et aussi nos faiblesses?
Difficile, dès lors, de ne pas faire le parallèle avec le locataire de l'Elysée, ce disrupteur en chef que Maurice Szafran et Nicolas Domenach comparent à l'empereur romain Néron (37-68 après J.-C.). Sous leur plume acérée, d'autant plus aiguisée qu'ils crurent tous deux au miracle macroniste, le palais présidentiel français est hanté d'autres lumières sombres, beaucoup plus humaines: le narcissisme obsessionnel d'Emmanuel Macron, sa conviction d'être toujours le plus intelligent, son incapacité à comprendre qu'une solution simple, à hauteur d'homme, peut être bien plus efficace que des concepts compliqués. Sombre Néron que son prédécesseur, François Hollande, interrogé par les auteurs, décrit comme apeuré lorsqu'ils se rencontrent, incapable presque d'affronter son regard, marqué à vie par le poids de sa trahison.
La politique, ou l'art de naviguer dans les «lumières sombres»? Celles-ci, en tout cas, ont de quoi nourrir tous les pessimismes. A quand un essai aussi lumineux, mais bien moins sombre, sur le possible (et indispensable) renouveau de nos démocraties? |
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| «Les lumières sombres – Comprendre la pensée néoréactionnaire»
Arnaud Miranda (Ed. Gallimard) |
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| «Néron à l'Elysée» Nicolas Domenach et Maurice Szafran (Ed. Albin Michel) |
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Et dans le reste du monde |
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| Le chef de la diplomatie américaine a asséné des réponses cinglantes aux dirigeants européens. Non, les Etats-Unis ne veulent pas divorcer du vieux continent. Mais ils sont les seuls capables de lui redonner sa force au sein d'un hémisphère occidental conquérant. |
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| A la Conférence sur la sécurité de Munich, Marco Rubio l'a dit: les Etats-Unis veulent un Occident fort et aligné. La Suisse est prévenue: rester neutre dans ces conditions va coûter de plus en plus cher, estime notre journaliste Richard Werly. |
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| Les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne étaient réunis ce jeudi 12 février en Belgique pour un sommet informel. Objectif avant la conférence sur la sécurité de Munich ce week-end: préparer l'après paix en Ukraine, si elle survient. |
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