Avouez que le raccourci est tentant. D'un côté, le Rassemblement national dénonce dès qu'il le peu le «bordel» généralisé qui, selon le parti de droite nationale-populiste, paralyse la France. De l'autre, le voici aux avants-postes d'un audacieux combat sociétal à l'ère de #Metoo: la légalisation des bordels, interdits depuis l'après-guerre.

La newsletter qui bouscule la France par Richard Werly

 

Bordels français, l'audace nationale

Avouez que le raccourci est tentant. D'un côté, le Rassemblement national dénonce dès qu'il le peut le «bordel» généralisé qui, selon le parti de droite nationale-populiste, paralyse la France. De l'autre, le voici aux avant-postes d'un audacieux combat sociétal à l'ère de #Metoo: la légalisation des bordels, interdits depuis l'après-guerre.

Bienvenue, donc, dans la France grivoise d'antan, où les oreillers des plus célèbres maisons closes de Paris recélaient plus de secrets d'Etat que les coffres-forts les mieux gardés de la République. Retour au pays d'avant la fameuse loi Marthe Richard du 13 avril 1946. Celui de Marcel Proust, habitué à fréquenter les «claques» du côté des Halles. Celui de l'écrivain allemand Ernst Jünger qui, officier de la Wehrmacht dans Paris occupé par les Nazis, servait de guide aux tournées «coquines» organisées pour gradés hitlériens en goguette. Le pays où Flaubert, Musset ou Maupassant languissaient dans les bras de «gagneuses» provinciales ou étrangères, habituées à recueillir les confidences de leurs clients.

Je ne vais certainement pas trancher ici ce débat de société, version 2025/2026. Faut-il, ou non, légaliser la prostitution et sous quelles conditions? Impossible, bien sûr, de débattre d'un tel sujet sans donner, avant tout, la parole aux femmes, cibles prioritaires des réseaux criminels de l'industrie du sexe. Mais regardons le sujet vu de Suisse, d'Allemagne, d'Espagne ou des Pays-Bas: la prohibition du sexe tarifé, à l'heure d'internet, est-elle encore tenable? Et comment éviter, à l'heure où le trafic de drogue prolifère, la collusion entre mafias, au détriment des femmes?

Je ne sais pas si le RN entend aller au bout de sa proposition jusqu'à en faire, par exemple, un sujet pour la présidentielle 2027. Mais avouez que cette prédilection pour la dénonciation du bordel ambiant et la promotion des bordels à venir a de quoi faire le bonheur des caricaturistes. Comme il aurait fait, autrefois, celui des chansonniers. Les paroles de la chanson, en tout cas, sont déjà écrites: «Ma mère m'a donné cent sous pour m'acheter des bretelles/ J'ai gardé mes cent sous pour aller au bordel/ Chemin faisant, j'ai rencontré grand-mère/ Où vas-tu mon enfant, je m'en vais au bordel...».

Sous les draps, l'audace nationale?

Bonne lecture, à l'hôtel des amours faciles!

(Pour débattre: richard.werly@ringier.ch)

Et dans les médias?

Retrouvez-moi dans «Ils refont la France» sur RTL avec Vincent Parizot, dans «Pour tout dire» sur T18 avec Matthieu Croissandeau, dans «Les Informés» de France Info avec Victor Matet, et dans «Les Experts sans frontières» sur BFM Business avec Matthieu Jolivet.

 

Le top 3

 

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Top ou flop?

 

TOP

Le shérif de Paris

Charles Kushner fait le job. Je ne connais pas le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en France, père de Jared, le gendre de Donald Trump qui accompagnait récemment à Moscou Steve Witkoff, l'émissaire chargé de négocier avec Poutine. J'ai en revanche vu, comme tout le monde ou presque, la photo montrant son excellence aux côtés de Marine Le Pen et Jordan Bardella, reçus en tandem. Logique. L'ex-candidate malheureuse aux élections présidentielles de 2012, 2017 et 2022 est toujours, pour l'heure, dans les starting-blocks pour l'Elysée. A moins qu'à l'issue de son procès en appel, à partir de la mi-janvier 2026, la justice fasse dérailler son train politique avec une nouvelle peine d'inéligibilité, assortie une fois encore d'une exécution immédiate. La suite est programmée: «Jordan» montera à son tour sur la barricade nationale-populiste. De quoi convaincre Trump de préparer le terrain.

Le président américain a en effet un «bug» dans sa stratégie de dislocation de l'Union européenne: son camp MAGA (Make America Great Again) n'a pas encore de candidat français. Marine Le Pen? Trop «socialiste» pour lui, avec son programme largement étatiste. Jordan Bardella? Trop jeune et trop peu crédible. Eric Zemmour? Bien trop intello pour la machine MAGA. Sarah Knafo ou Marion Maréchal? Trop isolées et dépourvues d'appareil politique, contrairement à l'ex-banquière allemande Alice Weidel, patronne de l'AfD...

Charles Kushner, condamné par la justice américaine en 2005 pour évasion fiscale et subornation de témoin (avec, à la clef, 14 mois de prison), a donc pour mission de repérer le terrain électoral. Pourquoi pas, par exemple, appuyer un retour de Nicolas Sarkozy, cet ancien chef d'Etat que son parcours judiciaire rapproche de Donald Trump? Ou prendre en charge la formation intensive de «Jordan», en lui organisant un «American Tour» des Etats MAGA? Dès le lendemain de l'investiture de Trump, en janvier 2025, le vice-président JD Vance avait prévenu les Européens: «Il y a un nouveau shérif en ville.» C'est chose faite à Paris.

NB: Pour ceux d'entre vous qui ont parcouru ou acheté mon dernier livre «Cette Amérique qui nous déteste» (éd. Nevicata), n'hésitez pas à me faire vos commentaires. Y compris pour le critiquer!

 

Un livre, un débat

La maison des rêves (évanouis)

 

Il faut lire ce livre de souvenirs de Nora Hamadi. Parce qu'il dit ce qui caractérise la France de 2025: l'incompréhension généralisée devant ce qui a déraillé. Nora est une «enfant des cités» de l'Essonne, au sud de Paris. Elle y a grandi, souffert puis réussi, jusqu'à devenir depuis cette année la voix de la revue de presse de France Inter. Alors, Nora s'interroge. Pourquoi la société française, banlieusarde, de son enfance, a sombré dans le chaos, le mépris et la colère? Pourquoi la mixité est devenue ingérable (ou presque)? Et comment les «barbus» islamistes sont arrivés, transformant la dévotion populaire en revendication identitaire, communautariste et vengeresse?

Je confesse aimer beaucoup Nora. Une nature. Un talent. Une volonté d'ausculter sous tous les angles sa «Douce France». Mais j'ai refermé son livre avec une pointe de déception. Tout y est sur le plan personnel. Emouvant. Tragique. Avec sa part d'espoir aussi. La Maison des rêves était un centre culturel et social qui a transformé les jeunes de son quartier. Elle est maintenant fermée, barricadée, oubliée. Triste. Mais pourquoi ne pas nommer les choses? Pourquoi nier le poids d'une immigration devenue trop massive pour être encore canalisée?  Pourquoi ne pas dénoncer davantage les élites locales et nationales qui ont fermé les yeux et, peut-être, tiré des avantages sonnants et trébuchants de cette ghettoïsation accélérée par l'ouverture des zones commerciales en dehors des cités?

Nora Hamadi voit juste, notamment quand elle parle des garçons, dont son frère, ingénieur émigré en Australie. Ces garçons des cités végètent. Ils sont contrôlés au faciès. Ils «dealent». Mais franchement, ne portent-ils pas aussi, eux, une part de responsabilité? Et quid des parents? Des familles? La maison de Nora Hamadi est celle des rêves évanouis. Sauf que les responsables de cet évanouissement existent, des quartiers jusqu'aux ministères. On attend les noms.

«La Maison des Rêves»
Nora Hamadi (éd. Flammarion)

 
 

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