C'est une bouteille à la mer dont personne ne se saisit en France. Trop risquée. Trop problématique. Trop éloignée du rivage pour être récupérée.

La newsletter qui bouscule la France par Richard Werly

 

SOS Sécurité sociale

C'est une bouteille à la mer dont personne ne se saisit en France. Trop risquée. Trop problématique. Trop éloignée du rivage pour être récupérée. Cette bouteille qui vogue sur les flots politiques est celle de la Sécurité sociale, qui vient de fêter ses 80 ans. La «Sécu» est, à juste titre, une fierté française. Elle dispose, depuis 1996, d'un budget spécifique, regroupé dans le «Projet de loi de finances pour la Sécurité sociale» alias le PLFSS. C'est ce texte législatif que le Premier ministre Sébastien Lecornu veut à tout prix faire voter ce mardi, ce qui semble possible avec l'accord des socialistes. Exit, la procédure de vote bloquée de l'article 49.3, dont la dernière édition de Républick évoquait (à tort?) le possible retour. Lecornu croit encore qu'il est possible d'arracher un vote favorable à l'Assemblée nationale. S'il l'emporte, l'étiquette de sauveur lui sera en partie accolée...

Il y a pourtant des chiffres qui, eux, disent le SOS dans la bouteille. Au total, 30 milliards d'euros de déficit, selon le gouvernement, si le PLFSS n'est pas voté. Un trou de 22 milliards dans sa version actuelle, avec la suspension de la réforme des retraites à 62 ans et neuf mois. Alors qu'à l'origine, le projet de défunt gouvernement Bayrou envisageait 17 milliards de déficits. Une bouteille, je vous dis. Dans laquelle la Cour des comptes a glissé un message en forme de rapport. Celle-ci, le 3 novembre, soulignait «le caractère préoccupant de la situation financière de la Sécurité sociale», dont elle jugeait alors «le redressement envisagé exposé à de fortes incertitudes». Avant d'asséner une vérité chiffrée: «Si d’ici à 2029, la trajectoire financière de la Sécurité sociale ne se redresse pas, l’accumulation de déficits conduira à la reconstitution d’une nouvelle dette sociale, de plus de 100 Milliards d'euros». Ce qui «oblige à définir une trajectoire crédible de retour vers l’équilibre».

SOS Sécurité sociale. «Contre la démission de la volonté, reconnaissons que le contrat social imaginé en 1945 peut disparaître. Que notre Etat providence peut mourir» alertait, en 2024, le quotidien libéral «L'Opinion». Peut-on encore juger tenable la promesse du Conseil national de la résistance en 1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale: «Un plan complet de Sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail»? Je pose la question.

Bonne lecture, dans l'insécurité sociale!

(Pour débattre: richard.werly@ringier.ch)

Et dans les médias?

Retrouvez-moi dans «La Revue des Deux Mondes» avec Claudine Wery, dans «Les Informés» de France Info TV avec Victor Matet, dans «Courrier International» avec Carolyn Lohrenz  et dans «Ouest France» avec Laurent Marchand.

 

Le top 3

 

Comment la prison a changé Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy n'a pas tardé à publier son «Journal d'un prisonnier» (Ed. Fayard). Un mois pile après sa libération conditionnelle le 10 novembre, le livre sort ce 10 décembre en librairie.

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L'interpellation, mardi 2 décembre, de l'ex-cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini relance la machine à rumeurs sur l'ampleur de la corruption et du favoritisme au sein des institutions communautaires. Grave? Oui, estime notre journaliste Richard Werly.

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Sarkozy, la grâce et le Front républicain 

Nicolas Sarkozy est un ancien prisonnier fort prolixe. Le revoici, un mois après sa libération conditionnelle obtenue le 10 novembre, en tête de gondole de presque toutes les librairies. Son «Journal d'un prisonnier» (éd. Fayard), d'ailleurs, risque de perdre sa valeur d'usage. Pourquoi acheter un livre de souvenirs dont les bonnes feuilles s'étalent dans presque tous les journaux? Pas impossible que vous l'ayez, comme moi, reçu sous forme de fichier PDF sur votre portable. Un clic et nous y sommes: bienvenue dans le quartier d'isolement de la prison parisienne de la Santé.

Je ne dévoilerai pas, pour garder le suspense, ce que contient le livre. Sauf le passage consacré par l'ex-locataire de l’Elysée (2007-2012) à Marine Le Pen. La patronne du Rassemblement national, toujours candidate à la présidence de la République, a échangé à trois reprises au téléphone avec celui qui, jadis, promettait de la combattre et s'enorgueillissait de lui «siphonner» ses voix. Conversation polie, durant laquelle «Marine» dit son admiration pour «Carla» qui a fait montre de son exaspération face aux journalistes de Mediapart, à la fin du procès des fonds libyens. Complicité féminine pour défendre l'honneur d'un ex-président qui s'est toujours dit innocent. Si beau. Si républicain.

Il ne vous a peut-être pas échappé, par ailleurs, que Nicolas Sarkozy a, en juillet 2025, incité Jordan Bardella à passer le voir à son bureau parisien pour discuter. Jordan! Le remplaçant désigné de «Marine», donné gagnant dans certains sondages pour la présidentielle 2027. Jordan, qui occupe l'avant-scène politique à trente ans. Tout comme, autrefois, un certain «Sarko» dans les rangs du RPR de Jacques Chirac.

Je vous laisse imaginer la suite. Ce livre tisse la légende de Nicolas Sarkozy en vétéran abîmé de la politique française, kidnappée selon lui par des juges mal intentionnés. Marine Le Pen et Jordan Bardella en sont les interlocuteurs attentifs, à l'écoute de cet ancien chef de l’Etat qui dit clairement, dans son livre, ne plus faire du tout confiance à Emmanuel Macron, et ne pas soutenir un futur «Front républicain» contre la droite nationale-populiste.

Et si, en 2027, en cas de victoire du candidat RN, une grâce présidentielle venait effacer tous les tourments du délinquant le plus politique de France? Avec à la clef ce qu'il a sans douté réclamé dans ses prières carcérales: une résurrection.

 
 

Un livre, un débat

 

Je sais: vous allez me reprocher de faire ma propre pub. Difficile, en effet, de cacher ma satisfaction devant le récent document stratégique de l’administration américaine, dévoilé vendredi 5 décembre. Tout y est. Tout ce que j’ai décrit dans mes reportages pour Blick durant la campagne électorale de 2024, puis lors de ma plongée dans l’Amérique de J.D. Vance au début de cette année. Tout? Le rejet de l’Europe, perçue par l’entourage de Donald Trump comme un continent perdu. Incapable de défendre les valeurs de la civilisation occidentale. Incapable de se défendre. Incapable d’exister dans un monde, où seuls les plus forts tiendront la rampe sur le plan économique, numérique et militaire.

Bref, je suis heureux d’avoir écrit «Cette Amérique qui nous déteste» (éd. Nevicata). Mais ce que j’ai raconté a besoin d’être complété. Or, deux livres tombent à pic pour poursuivre cette réflexion sur les Etats-Unis de 2025.

Le premier est signé par l’ami helvète Bruno Giussani, vétéran de la tech américaine qu’il a fréquentée de l’intérieur. J’avoue d’ailleurs que Bruno m’a surpris. Je ne le voyais pas comme un repenti. Or, l’ancien patron des conférences TED pour l’Europe lance un avertissement qu’il faut entendre. «Moins d’Amérique dans nos vies», cela veut dire moins d’algorithmes américains pour notre quotidien. Bruno ne parle pas, comme moi, de guerre numérique latente. Mais son récit oblige à réfléchir, y compris en Suisse. Sommes-nous encore souverains? Sommes-nous capables de nous émanciper de cette Amérique digitale qui nous ligote?

Le second livre qui tombe à pic est celui d’Elizabeth Buchanan sur ce qui se passe dans les confins arctiques. Dans «Alors, tu veux acheter le Groenland?» (éd. Saint-Simon), l’autrice nous alerte sur la rapacité du prédateur en chef de Washington. Attention: les Etats-Unis ont parfaitement le droit d’être voraces et l’actuelle administration a le droit d’exposer son idéologie au reste du monde. Nous devons regarder ses reproches en face. Mais pouvons-nous, dans ces conditions, attendre que l’orage passe? L’Amérique et nous reste un formidable sujet. Tout ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique nous impacte. Le Groenland et la tech sont nos capteurs. Je redoutais, en écrivant «Cette Amérique qui nous déteste», d’être tombé dans l’exagération. La réalité dépasse de loin ce que j’avais anticipé.

«Moins d'Amérique dans nos vies»
Bruno Giussani (Ed. Georg)

«Alors, tu veux acheter le Groenland?»
Elizabeth Buchanan (Ed. Saint-Simon)

 
 

Et dans le reste du monde

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Volodymyr Zelensky est accueilli à Londres ce lundi par ses alliés européens Keir Starmer, Emmanuel Macron et Friedrich Merz. Officiellement: pour le soutenir face à Trump. Et si ce n'était pas si vrai?

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