Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais Sébastien Lecornu a plutôt bien réussi sa sortie. Politiquement, sa démission – avant même d'avoir tenu un premier conseil des ministres –  a évidemment tout d'une débâcle.

La newsletter qui bouscule la France par Richard Werly

 

Général Cornichon

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais Sébastien Lecornu a plutôt bien réussi sa sortie. Politiquement, sa démission – avant même d'avoir tenu un premier Conseil des ministres –  a évidemment tout d'une débâcle. A ce rythme d'épuisement des chefs de gouvernement, la Ve République ressemblera bientôt à une comédie du pouvoir au gré des clans et de leurs chefs. Une nomination, quelques semaines de consultation et une démission: finie, la fameuse stabilité institutionnelle héritée du Général de Gaulle. Pulvérisée, la légende d'une France capable de s'affranchir du «régime des partis».

Je suis plus indulgent, en revanche, sur l'ancien ministre de la Défense de 39 ans, pris en étau entre ses deux pères politiques: Emmanuel Macron et Bruno Le Maire. Le premier voulait depuis des mois le nommer à Matignon, pour protéger sa chaotique fin de mandat présidentiel. Le second, après avoir juré qu'il ne voulait plus faire de politique et fréquenté le campus de l'Université de Lausanne, n'a pas su résister à ce nouveau trophée ministériel. Sébastien Lecornu, rappelons-le, doit tout à ses deux mentors. Le président l'a intégré dans son cercle de fidèles. L'ex-grand argentier, dont il fut le collaborateur, lui a tout appris en politique en Normandie. Lecornu, alias le Cornichon pour la presse internationale – son surnom en anglais – ne pouvait, dans ces conditions, que se mettre au garde-à-vous.

Ce «cornichon-là», en revanche, a eu le très bon goût de comprendre que sa salade gouvernementale ne serait pas acceptable par l'opinion. Le PS refuse de faire des concessions? Les Républicains se battent comme des chiffonniers? Le centre macroniste est électoralement à l'agonie? Et bien, tant pis. Basta! Autant démissionner de suite, droit dans ses bottes. Le gaullisme qui flotte toujours sur les armées a rattrapé l'ex-ministre de la Défense.

Bien joué? Non. Car la France se retrouve en déroute politique. Mais partir ainsi montre que Sébastien Lecornu, l'homme au physique de passe-muraille, apparatchik politique pur jus, a vite compris que le naufrage était inévitable. Place à la partition gaulliste du renoncement au service de la patrie. Comme jadis Mac Mahon en 1879, le général Cornichon a claqué des talons.

Bonne lecture, et gare à la débacle!

(Pour débattre: richard.werly@ringier.ch)

 

Le top 3

 

La France n'est plus en crise, elle est en déroute politique

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a démissionné à la surprise générale ce lundi 6 octobre. Avant même son premier Conseil des ministres. Emmanuel Macron se retrouve pris au piège de ses propres manoeuvres.

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Bruno Le Maire a ramené de Lausanne la bombe qui tue Macron

Explosion politique en France: le retour au gouvernement de l'ancien ministre Bruno le Maire, passé par l'université de Lausanne, a entraîné la chute du gouvernement. Et la démission du premier ministre Sébastien Lecornu.

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Avec le gouvernement Lecornu, le macronisme agonise

Le nouveau Premier ministre français n'a pas réussi à convaincre de nouveaux partis de participer au gouvernement. Plus que jamais, Emmanuel Macron s'entoure de fidèles. Le débat budgétaire s'annonce explosif.

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Podcast

 

Moi, Charles de Gaulle, je ne comprends plus les Français!

Que dirait-il s'il revenait au pouvoir ? Pourquoi de Gaulle, ce président vénéré par les Français, reste-t-il la statue du commandeur dans une République de plus en plus écartelée ? Vu de Suisse, un sujet passionnant pour notre podcast Helvétix Café.

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Top ou flop?

 

FLOP

Bruno Le Maire n'a rien compris

L'on me dit que Bruno Le Maire, lorsqu'il arpentait ces derniers mois le campus de l'Université de Lausanne pour y enseigner la gouvernance, posait des questions sur la politique suisse. Je sais même qu'une connaissance, passionnée de ce sujet, l'a convié pour un diner et en a profité pour lui remettre le livret «Institutions politiques suisses» illustré par Mix et Remix (Ed. Loisirs et pédagogie). Quelles leçons l'ancien ministre français des Finances a-t-il retenu? A l'évidence, aucune.

En Suisse, un conseiller fédéral démissionnaire ne cherche pas, ensuite, à revenir par la fenêtre. En Suisse, une personnalité politique estimée trouve à se recaser (avec ou sans polémique, c'est un autre sujet) dans l'enseignement, la philanthropie ou les affaires. Je continue là, ou je m'arrête? La vérité, j'en ai bien peur, est que Bruno Le Maire n'a rien compris.

Rien compris au fait que ses sept années à la tête des Finances nationales ont bel et bien été celles d'un endettement record.
Rien compris au fait que son retour au ministère des Armées, pré-carré présidentiel, n'était en rien indispensable.
Rien compris au fait que la droite, d'où il vient et qu'il a trahi pour Emmanuel Macron en 2017, ne lui pardonnera jamais.
Rien compris au fait que ses romans, écrits d'une belle plume et lestés de quelques paragraphes érotiques, ont tissé sa légende – vraie ou fausse – de politicien plus talentueux que sérieux.

Rien compris au fait que le macronisme, c'est fini. Et que prolonger cette fin, dans une France fracturée et radicalisée, n'avait guère de sens.

 

Ça tourne

 

SUR LCI, LA FRANCE DECRYPTEE

La France décryptée par Christophe Moulin. Chaque dimanche entre 12h et 14h avec Blick et une belle bande de chroniqueurs.

DANS COURRIER INTERNATIONAL, LE DIAGNOSTIC DE BLICK

Interview de Blick sur la crise politique.

SUR LA RTS, FOCUS SUR GAZA

Forum des médias dominical avec Anouk Henry, Charles Enderlin et Blick.

 

Un livre, un débat

 

Le bal (terrible) des illusions

Un auteur ne devrait pas lui-même parler de son livre. Je franchis néanmoins cette ligne rouge car j'ai relu, après l'annonce surprise de la démission du Premier ministre, quelques chapitres de l'ouvrage co-écrit avec François d'Alançon et publié en mars 2024: «Le bal des illusions. Ce que la France croit, ce que le monde voit» (Ed. Grasset).

J'ai juste retenu mes réponses aux questions de Michel Jeanneret, dans les colonnes de Blick: 

Cette perte d’influence, elle est économique? Politique?

La France a subi trois chocs dont elle arrive d’autant moins à se remettre que les répliques se poursuivent et font des dégâts, comme on dit après les tremblements de terre. Premier choc: son économie a perdu sa puissance d’antan. C’est le résultat de la fameuse désindustrialisation que la prospérité du secteur du luxe ne parviendra jamais à compenser. Un choc aggravé, vu de Suisse, par la propension de l'Etat français à dépenser toujours plus et à s’endetter. Second choc: l’éclatement du monde. La France n’est plus en mesure d’incarner une sorte de troisième voie, alors que des géants comme la Chine ou l’Inde imposent leur agenda. Troisième choc: le pays ne va pas bien sur le plan politique et social. Aujourd’hui, la France entre en ébullition ou en crise presque tous les ans. Ce n’est pas simple, dans ces conditions, d’être respectée et d'apparaître crédible.

Qu’a perdu la France, concrètement?

Elle a perdu en partie sa capacité à répondre aux envies qu’elle suscite. C’est un paradoxe absolu, terrible, qui alimente le pessimisme des Français. Leur pays est envié. La France fait envie. Mais elle n’a plus les moyens économiques, militaires, diplomatiques, de faire la différence...

La suite à retrouver ici dans Blick.

«Le bal des illusions»
Richard Werly et François d'Alançon (Ed. Grasset)

 
 

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